Quels enseignements peut-on tirer des événements en Catalogne ?

 

La question Catalane est encore ouverte, après le référendum de 2018, voilà qu’approchent les élections municipales à Barcelone. Être maire de cette ville est évidemment décisif pour influencer le devenir de la région. Comme sorti d’un chapeau, Manuel Valls vient d’annoncer qu’il sera de la partie. Nous souhaitons d’abord analyser sa candidature puis reprendre le problème de la Catalogne avec un maximum d’objectivité.

Non content de son détestable mandat de premier ministre au sein d’un gouvernement méprisé par la grande majorité des Français, Manuel Valls semble vouloir

tenter sa chance en Espagne, plus précisément en Catalogne. “Je veux être le prochain maire de Barcelone” a t-il déclaré ce 25 septembre. Son slogan ? “Barcelone, capitale européenne”, il compte incarner la nouvelle Europe.

Les nouvelles Europe fleurissent comme des champignons après la pluie, elles ont toutes un point commun : cacher leur véritable identité derrière cette qualité si charmeuse qu’est la nouveauté.

Dès qu’il est question de faire passer la pilule, il suffit de mettre “nouveau” et quiconque n’est pas d’accord se voit d’emblée relayé au rang infamant de réactionnaire. Deux questions se posent : que veut dire Barcelone, capitale européenne ? Et quelle est cette nouvelle Europe ?

Dans un article sur Laurent Wauquiez, nous avions pu voir comment la presse le faisait passer pour un souverainiste alors qu’il est un européiste chevronné. Et bien, comme si la presse grand public était une formidable machine à camoufler la vérité, elle nous fait le même coup avec Manuel Valls.

Barcelone, capitale de l’Europe ?

L’Europe a une capitale officielle qui est Bruxelles, à ne pas confondre avec Washington. Valls sait pertinemment que Barcelone ne sera jamais la capitale de l’Europe. Pourquoi a t-il donc choisi ce slogan ? Parce qu’il peut être interprété à différents niveaux de lectures.

Dans sa forme subliminale ou symbolique, il porte la gloire pour Barcelone qui deviendrait la capitale, non de l’Espagne, mais de l’Europe, excusez du peu. C’est la même méthode que “pensez printemps” qui donne à penser à un renouveau. Encore ce fameux “nouveau”, mais pour le slogan l’ancien premier ministre, il donne à imaginer Barcelone au sommet de sa gloire, de quoi appâter tous les citoyens qui votent comme ils achètent un pot de nutella en solde.

Le deuxième niveau de lecture est bien plus intéressant, Valls nous propose d’extraire Barcelone de son carcan national. En ceci, il se place au delà de la fracture entre les independantistes et les nationaux, il donne un message aux deux avec seulement trois mots. Aux indépendantistes, il leur dit de regarder vers l’Europe, Barcelone, une fois capitale européenne pourra négocier avec Bruxelles et s’affranchir de Madrid. Aux nationaux, il leur dit de faire de Barcelone une capitale européenne afin que cette ville trouve son identité dans l’Espagne, ce qui bénéficiera autant à l’Espagne qu’à Barcelone. Ses opposants politique n’ont pas tort de dire qu’il nage entre deux eaux, mais il apparaît que Valls porte un projet qui n’est justement pas entre deux eau, mais bel et bien dans le sens du fleuve bruxellois.

Barcelone, capitale européenne… de la nouvelle Europe.

C’est le dernier niveau de lecture qu’il nous faut comprendre. Nous savons que les milieux patronaux l’accueillent à bras ouvertsXVI, nous savons que la presse le fait passer pour un anti-indépendantiste et nous allons voir qu’il propose un programme de séparation de Barcelone avec Madrid. Pour cela il va nous falloir comprendre quelle est cette nouvelle Europe.

Il ne faut pas être sorti de Saint Cyr pour trouver comment :

  • Se mettre dans la poche les milieux patronaux.
  • Se faire passer pour souverainiste dans la presse grand public.
  • Proposer Barcelone comme capitale européenne.
  • Composer tant avec les indépendantistes que les nationaux.

Il suffit de donner Barcelone comme ville pilote à l’Europe des régions, la fameuse Nouvelle Europe qu’il s’agit de faire avaler aux peuples.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore le projet européen de destruction des États-Nations pour produire une Europe des régions dans des nation fantoches, vous pouvez regarder la conférence de François Asselineau sur le sujet.

 

Les milieux patronaux savent que l’Union Européenne est conçue pour les grandes banques et le business. La grande presse eurolâtre ne peut que le considérer comme opposant aux indépendantistes puisqu’il propose de garder Barcelone dans l’Espagne, mais dans une Espagne qui ne sera plus qu’une région sans pouvoir réel dans une Europe Fédérale. Il ne propose pas l’indépendance de la catalogne mais la soumission de l’Espagne toute entière à l’Union européenne, l’oligarchie applaudit des deux mains.

Les indépendantistes peuvent regarder ça avec bienveillance puisque Valls propose de détruire l’Espagne. Les nationaux les plus candides (il ne sont pas une minorité), peuvent trouver ça parfait puisque l’ancien premier ministre veut une sortie “par le haut” de la crise en proposant Barcelone comme capitale européenne mais toujours au sein de l’Espagne. Cette prétendue sortie par le haut est une bombe à retardement, le fait de toujours dissimuler les vrais enjeux produit des violences lorsque les peuples comprennent enfin quel tour on leur a joué. Manuel Valls propose bel et bien entre les ligne l’indépendance de la Catalogne, une indépendance sans heurts, qui prendra le temps qu’il faudra. Mais il propose surtout la soumission de la Catalogne à un pouvoir bien plus coercitif et bien plus lointain que Madrid, il propose Barcelone comme première de la classe bruxelloise, ville expérimentale docile et soumise à la doxa européiste.

Bref… Valls, n’ayant aucun appuis populaire ne change pas une recette qui gagne, il va chercher l’appuis là où se trouve le pouvoir et l’argent. Messieurs les européistes, ne vous en faites pas, en prétendant défendre l’Espagne unie, il vous la soumettra cette nation.

Cette introduction sur l’actualité est le cirque de notre ancien premier ministre doit nous rappeler une chose, les plus dangereux ne se font pas passer pour nos ennemis, mais bien pour nos défenseurs. Nous allons maintenant tenter de donner quelques clefs de compréhension du problème catalan, et plus généralement le problème du statut des régions en Espagne.

Comment penser le problème catalan ?

La question de l’indépendance de la Catalogne se voit traitée avec un regard français au sein de l’Hexagone. C’est pourtant passer à côté du problème que de ne pas l’inscrire dans l’histoire de l’Espagne, c’est à dire l’histoire des Espagnes. Nous voulions traiter de la Catalogne car tous les éléments sont réunis pour que la Nation espagnole éclate : l’État espagnol est de plus en plus méprisé par la population dont le désaveux ne se limite par à l’administration mais finit par retomber sur la nation, une Union Européenne qui se réjouit que les régions récupèrent du pouvoir national afin de transformer les pays souverains en de simples régions de l’UE. Enfin, une région ayant une histoire conflictuelle avec l’Espagne et donc les griefs resurgissent étrangement.

Commençons tout de suite par clarifier une chose, la question Catalane n’est pas la nôtre, mais celles des Espagnols et des Catalans. C’est à eux de savoir si l’indépendance de la Catalogne est une bonne chose ou non. En tant que Français, notre cœur est tourné vers la nation et l’unité nationale : nous voyons d’un mauvais œil la mise en place des anciennes provinces et des anciennes féodalités. Enfin, il apparaît probable que la Catalogne indépendante devienne un État « souverain » pour de rire. Ici nous nous refusons de prendre un quelconque parti sur la question mais nous voulons donner à notre lecteur des éléments de réflexion afin de comprendre le problème dans son ensemble.

Cependant, il nous faut comprendre la différence entre l’histoire de la France et celle de l’Espagne. – Pour les Français, l’unité des territoires, la mise en place de départements égalitaires sont les fruits de la révolution, l’établissement d’une seule langue est le fruit d’une politique d’égalité et de solidarité nationale qui commença avec l’ordonnance de Villiers-Cotterêts de 1539, sous François 1er, et qui s’acheva durant la troisième République. Pour les Français, ces épisodes font la gloire de notre histoire.
– Pour les Espagnols, cette unification fut le fruit de la dictature franquiste, épisode sombre, et à tout le moins contesté de leur histoire… Sous Franco, une seule langue était officielle, le castillan, communément appelé l’espagnol. Les régions obéissaient à Madrid et n’avaient pas leur mot à dire. La raison pour laquelle nous peinons à saisir la question catalane en France est simple, nous restons irrémédiablement Français dans notre manière de la penser.

La lutte qui s’est mise en place en Espagne est de nature politique, le but de chaque camp étant de conquérir l’opinion publique. Il s’agit donc bien de propagande des deux côtés, ce qui doit nous pousser à garder un esprit serein et averti. Ce texte se divise en trois parties. La première mettra en lumière les éléments historiques que nous avons jugé les plus utiles pour une bonne compréhension du déroulement actuel des événements. La deuxième se livrera à une analyse des stratégies et des propagandes ainsi que des accusations réciproques. Nous conclurons en soulignant que la mise en place de l’Union européenne s’est imposée aux peuples en se vendant comme gage de paix, faisant le procès aux nations de produire les guerres et la division. Nous analyserons très brièvement la validité de ce procès.

I – Éléments historiques du conflit interne espagnol

L’Espagne connaît plusieurs conflits internes qui ressurgissent périodiquement. L’un d’eux est le conflit entre cette Espagne fédérale, qui provient du règne des Habsbourg, et cette Espagne centraliste, qui provient du règne actuel des Bourbons. L’indépendantisme catalan n’en est pas à son coup d’essai. Quelques heures avant la déclaration de la Seconde République espagnole, Lluís Companys proclama l’État catalan, et ce même sans le soutien nécessaire des autres partis pour asseoir l’indépendance. Il en profita tout de même pour parader au milieu des Catalans, malgré l’échec qu’il devra leur annoncer. Cela rappelle beaucoup ce qu’il s’est passé à la fin de l’année 2017.

À la suite de la mort de Franco, il n’y a pas eu d’épuration, de décapitation ni de procès. Avec tous les partis réunis, en 1978, les Espagnols ont réussi à écrire une Constitution. Comment ce conflit entre fédéralistes et centralistes a-t-il été retranscrit ou résolu dans la Constitution espagnole ? Nul n’est besoin de chercher très loin. Le conflit est explicite dès l’article 2, lequel formule un vœu de solidarité entre les régions :

« La Constitution est fondée sur l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols. Elle reconnaît et garantit le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre ellesI. »

La Constitution de 1978 ne règle pas de manière définitive les compétences de l’État central et des régions autonomes. Et, si elle donne un cadre, il n’est pas égal d’une région à une autre. Les compétences sont continuellement négociées entre les régions et l’État. C’est donc une situation ambiguë que la Constitution lègue aux générations futures. L’Espagne est à la fois un État fédéral et un État centralII.

Dans le cadre de la réforme des régions et des minorités du Conseil de l’EuropeIII, et à la demande du gouvernement catalan, dirigé à l’époque par la gauche, se joua de 2006 à 2008 la réforme des statuts des autonomies, avalisée par José Luis Rodríguez Zapatero, chef du gouvernement espagnol et pro-fédéraliste. Son parti le PSOE [prononcer pé-so-é], parti socialiste, était à l’époque majoritaire au Parlement. Ce qui lui a permis de s’allier avec la gauche catalane qui elle aussi était au même moment majoritaire au Parlement de CatalogneIV.

Cette réforme partait d’un besoin réel : il fallait régler le conflit territorial. Mais l’idée d’accorder plus d’autonomie aurait dû partir d’un consensus garantissant un équilibre entre les forces centralistes et les forces régionalistes. Cette réforme est allée contre la nature de l’Espagne, contre sa Constitution, et elle a saboté l’équilibre établi entre autonomie et centralisme. Le Parti populaire (le PP, droite conservatrice et libérale, plus grand parti d’Espagne, mais non majoritaire à l’époque) s’opposa farouchement à cette réforme, qui ouvrait selon lui la boîte de Pandore. Il faut donc noter que personne n’entama le processus avec l’intention de garder l’équilibre ni de résoudre le conflit. Entre plus d’autonomie et le statu quo dans le conflit, chacun tirait la couverture à soi.

La procédure débuta donc par une proposition de nouveaux statuts catalans par le Parlement catalan. S’ensuivit une négociation avec le Parlement national. Grâce au Parlement espagnol, les aspirations à l’autonomie furent drastiquement revues à la baisse. Et, une fois l’accord obtenu entre les deux Parlements, les nouveaux statuts furent acceptés par les Catalans lors d’un référendum.

C’est alors que le PP dénonça au Tribunal constitutionnel 136 articles des nouveaux statuts catalans. Le Tribunal constitutionnel déclara que 14 articles étaient anticonstitutionnels, parce qu’ils définissaient l’exclusivité de certaines compétencesV.

Suite à cela, le PP revint au pouvoir en 2011, et depuis cette date les nouveaux statuts catalans ne furent jamais renégociés.

Parallèlement au jugement du Tribunal constitutionnel, les autres régions d’Espagne demandèrent elles aussi une réforme de leurs statuts. Elles le firent en proposant une copie des nouveaux statuts catalans, ceux-la mêmes qui avaient été dénoncés par le PP au Tribunal constitutionnel.
Et, chose incroyable, le PP et le PSOE présents et majoritaires dans les Parlements de ces autres régions votèrent en faveur de ces réformes. Le Tribunal constitutionnel ne fut saisi pour aucune des autres régions. Ce qui permit de mettre en vigueur des articles définis comme anticonstitutionnels sans que cela gêne ni le Tribunal constitutionnel ni le gouvernement, mais ce qui eut également pour conséquence de faire de la Catalogne une région avec moins de droits que les autres, brisant ainsi le pacte territorialVI.

Parmi les articles anticonstitutionnels des statuts de la Catalogne, l’article 97 est entièrement anticonstitutionnel, et l’article 98 l’est pratiquement en entier. On les retrouve pourtant quasiment à l’identique dans l’article 144 des nouveaux statuts andalousVII.

À partir de ce moment, deux groupes se sont saisis de cette injustice et l’ont récupérée politiquement. D’abord, un groupe catalan composé des indépendantistes (l’extrême gauche) et de l’oligarchie (droite libérale). C’est cette formation qui a récupéré le besoin de reconnaissance des Catalans. Et l’autre groupe, le PP, a utilisé la menace de l’unité espagnole pour détourner le regard des citoyens sur la corruption abyssale du PP. Elle coûte, selon les universités et la Chambre nationale des marchés et des compétences, 90 milliards d’euros par an, soit 500 euros par an à chaque EspagnolVIII !

Ces deux forces vont mettre en péril la nation espagnole. Chacune d’entre elle le fait pour ses propres intérêts, qui ne sont ni ceux de la nation ni ceux du projet de 1978.

Pour approfondir ce constat, nous pouvons nous étonner que personne ne propose d’incarner l’Espagne telle qu’elle fut définie à la sortie du franquisme, à savoir une nation aux langues et aux cultures diverses dans une Espagne unie. Les médias espagnols comme catalans ne cessent de jeter de l’huile sur le feu en ne proposant que deux projets extrêmes : une hégémonie centraliste de Madrid ou une abdication de l’unité espagnole au profit d’États ethniques dans une Espagne morceléeIX. Cette opposition fabriquée de toutes pièces fait beaucoup de mal à l’unité espagnole. Le PP remonte dans les sondages en jetant l’opprobre sur les Catalans, quand les indépendantistes se refont une santé en martelant qu’il n’existe plus qu’une seule option : l’indépendance. Podemos pourrait sembler fidèle à la Constitution espagnole, mais son projet d’une Espagne unie et plurinationaleX est aussi flou que l’est le programme de la France insoumise sur la question de notre appartenance à l’UE. Podemos est un parti honni par les médiasXI, et qui pourtant ne cesse d’être au cœur de l’actualité afin de neutraliser le débat par la division des Espagnols entre anti-Podemos et pro-Podemos. Un peu avec le même objectif, donc, que celui pour lequel le mouvement de Jean-Luc Mélenchon est promu dans les médias français.

Devant ce choix politique qui ne propose aucunement une union Espagnole, mais bel et bien un conflit entre les forces centralistes et régionalistes, une large partie des Catalans a décidé de fuir la solidarité nationale, de fuir la lutte contre la sclérose des partis politiques espagnols, d’abandonner la lutte pour la souveraineté d’un grand pays. En refusant de se considérer tout à la fois comme Catalan et Espagnols, les indépendantistes, pour rester cohérents, doivent rejeter la culture et la nation ibérique. N’ont-ils pas de héros espagnols ? N’ont ils pas des figures historiques et culturelles auxquelles se rattacher, autres que catalanes ?
Pour quitter l’Espagne la Catalogne est prête à vendre sa souveraineté à l’Union-Européenne. Sera-t-elle résister aux grandes puissances prédatrices, à commencer par l’Union-Européenne ? Les Espagnols sont retombés dans leurs travers historiques.

II – Propagandes et stratégies

Légalité contre démocratie, voici la figure du conflit. L’Espagne use de l’autorité morale de l’État de droit et de son monopole de la violence légitime. La Catalogne fait usage du statut de peuple opprimé visant à l’autodétermination ainsi que de sa légitimité démocratique. Chaque camp essaie de pousser l’autre à la faute… et aucun ne manque d’en commettre ! N’est-ce pas en effet une faute politique majeure de la part du gouvernement de Zapatero que de proposer en 2006 un nouveau statut des régions, de l’adopter par référendum avant qu’il ne soit retoqué par le Tribunal constitutionnel ? Enfin, chauffant à blanc les Catalans, les responsables indépendantistes utilisent comme prétexte le refus de négocier du gouvernement national pour mettre en place un référendum illégal sur l’indépendance de la Catalogne, en s’asseyant sur la Constitution :

Selon l’article 149 alinéa 32 de la Constitution Espagnole l’état détient la compétence exclusive d’organiser un référendum.XII

Selon l’article 2 de la constitution Espagnole, il impose clairement « l’indissoluble unité de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols ».

Les responsables indépendantistes provoquent donc un vote illégal et anticonstitutionnel sur l’indépendance de la Catalogne, mais ont le toupet de se justifier en expliquant que ce vote est légal en Catalogne, comme si la Catalogne était déjà sortie de l’Espagne. Comment les Espagnols pourraient-ils tolérer un tel bras d’honneur ? Voilà pourquoi cette lutte, malgré les apparences de la propagande régionaliste, n’est ni franche, ni légère, ni épique.

Être indépendantiste, c’est tellement cool !
Speak english and be a free Catalan

La nature tragique de ce conflit, en réalité, se manifeste déjà.
Ainsi voit-on une surexploitation des émotions et une condamnation exceptionnelle de la violence policière exercée à l’encontre la population. Dans l’ensemble, les chefs d’État européens ont soutenu le gouvernement espagnol, mais sans grande conviction. Ce soutien s’accompagne d’un appel à ne pas faire usage de violences policières. Cette sensibilité est tout à leur honneur, cependant, il est significatif de relever que ces appels à la retenue n’ont jamais lieu lors de la répression des manifestations grecques contre les politiques d’austérité imposées par la Commission européenne. Pourtant, les Grecs manifestent pour des raisons non moins essentielles : le droit d’être soigné, instruit, nourri, rétribué correctement…

Les vidéos de Catalans mains levées au ciel, pacifiques et organisés, fleurissent. Forcément, elles donnent une image barbare des forces de l’ordre qui donnent des coups de matraque sur un peuple pacifiste. Voilà qui, dans la guerre des images, donne du crédit à la thèse pourtant farfelue d’une résurgence franquiste en Espagne. S’appuyer sur la diabolisation de ses propres concitoyens est un jeu où l’on finit toujours perdant, car une nation trouve sa force dans sa solidarité nationale, où aucun compatriote ne peut être considéré comme un ennemi. Les esprits s’échauffent mutuellement et la pondération disparaît peu à peu. Chaque Espagnol est amené à se radicaliser toujours un peu plus dans des camps qui s’opposent et en viennent à se détester.

Et, lorsqu’il s’agit de jeter de l’huile sur le feu, le PP est un champion. Son vice-secrétaire chargé de la communicationXIII a trouvé particulièrement pertinent de menacer de mort Carles Puigdemont tout en feignant de s’inquiéter de son sort: « Espérons que rien ne sera déclaré demain, parce que la personne ayant fait cette déclaration pourrait finir comme celle ayant fait une déclaration identique il y a 83 ansXIV. » Il faut vraiment être le dernier des irresponsables pour faire référence à Lluis Companys alors même que les indépendantistes catalans de mauvaise foi n’attendent qu’une chose : obtenir la victoire politique et morale en faisant passer l’Espagne, à nouveau, pour franquiste.

III – L’UE contre les nations

La propagande européenne produit un nouveau nationalisme basé sur le discrédit des nations européennes. C’est certainement ce qui est le plus important pour nous autres Français. Il faut comprendre que l’indépendantisme catalan émerge à la suite d’un rapport d’inimitié des nations face à leur passé. Après la Seconde Guerre mondiale, les nations se sont vues accablées de tous les maux des siècles précédents : colonisation, guerre, fascisme, intérêt national égoïste… Bref, c’est d’abord à la faveur d’un mauvais procès fait aux nations que s’enracine le discours sécessionniste.

Ce procès n’est pas sorti de nulle part, et nous savons que les États-Unis d’Amérique ont financé et organisé la construction européenneXV. La colonisation comme les deux guerres mondiales proviennent d’un énorme déséquilibre des forces transformant les nations en empires qui pensent devoir faire la loi partout dans le monde. En ceci, l’Union européenne une reconstitution impériale, elle n’est donc en aucun cas gage de paix, bien au contraire. Les nations affaiblies et profondément remises en cause par le peuple sous propagande, ne peuvent plus lutter contre la mise en place d’un fédéralisme européen. Nous voyons bien comment une propagande de masse sur des générations peut permettre de grands changements de paradigmes politiques. L’Union européenne est le fruit d’une torsion inimaginable de l’histoire. Il revient à chaque époque de devoir se libérer des œillères de son temps !

Les populations d’Europe occidentale sont ainsi soumises à une propagande qui accable les nations, fauteuses de guerre, et chante les louanges de l’Union européenne, gage de paix. Discréditées, les nations sont plus aisément remises en cause par leur peuple qui accepte alors docilement à la fois les indépendantismes régionaux et son corollaire implicite, le fédéralisme européen.

Le phénomène est d’autant plus profond que les États d’Europe, en adhérant à l’Union européenne, se sont amputé leur capacité de décision sur l’essentiel de leurs prérogatives et sont obligés d’avoir la politique économique désastreuse fixée dans les traités européens. Cet abandon de souveraineté de la part des nations européennes justifie à son tour le dégoût des citoyens envers ces dernières. La sclérose des nations prisonnières de l’Union Européenne produit alors naturellement des désirs de libération régionale, conformément à l’objectif de leur division en régions autonomes intégrées dans une fédération européenne.

Le cas catalan est intéressant car il repose sur un fond historique, la propagande n’a pas inventé l’indépendantisme de toutes pièces, mais l’a encouragé en soufflant sur les braises. Dans cette guerre d’influence et de dislocation des nations il faut observer attentivement le double jeu de certains États, qui sous les projecteurs disent une chose alors qu’ils financent et organisent le contraire depuis des décennies.

Le régionalisme catalan trouve des alliées là où on ne le soupçonne pas. Autant au sein de l’Espagne, où des partis politiques fondent leur politique sur un sentiment anti national, qu’à l’extérieur des frontières espagnoles, l’Allemagne, les États-Unis et l’UE jouent à un jeu dangereux qui consiste à humilier une nation pour lui faire courber l’échine. Noyée dans ses problèmes, elle ne pourra alors pas prétendre à une véritable indépendance et aura besoin de la tutelle impériale. Les indépendantistes catalans ignorent que leur lutte trouve des soutiens bien peu rassurants. Derrière toute lutte politique il s’agit de savoir quels intérêts géopolitiques nous servons.

Mathias Masclet et Pierre Pontier

I : http://www.congreso.es/consti/constitucion/indice/titulos/articulos.jsp?ini=1&fin=9&tipo=2

II : http://www.laviedesidees.fr/La-Catalogne-et-son-Statut-d-autonomie.html

III : https://www.coe.int/en/web/conventions/full-list/-/conventions/rms/090000168007a095

IV : https://www.la-clau.net/info/ca-chauffe-politiquement-entre-la-catalogne-et-lespagne-790

V : http://www.abc.es/20100629/espana/articulos-inconstitucionales-estatut-201006290124.html
Attention ! Sur le site officiel du consejo la version des statuts catalans contient encore les articles anticonstitutionnels. Ils ne l’ont pas mise à jour… depuis 8 à 10 ans ?
Est ajouté le PDF des statuts catalans, en rouge le texte anticonstitutionnel, entre crochets les articles incriminés par le PP.
http://www.upr-auvergne.fr/ressources/EstatutConsolidat_es.pdf
Voici l’url d’origine de ce document, avec certificat à valider pour y accéder : https://www.parlament.cat/activitat/cataleg/EstatutConsolidat_es.pdf

VI : http://www.lavanguardia.com/politica/20170926/431561846495/perez-royo-entrevista.html
et http://www.publico.es/actualidad/rajoy-da-otros-territorios-niega.html

VII : Statuts catalans : https://www.parlament.cat/activitat/cataleg/EstatutConsolidat_es.pdf
ou l’adresse :http://www.upr-auvergne.fr/ressources/EstatutConsolidat_es.pdf
Statuts andalous : http://www.parlamentodeandalucia.es/opencms/export/portal-web-parlamento/contenidos/pdf/PublicacionesNOoficiales/TextosLegislativos/ESTATUTO_AUTONOMIA_2007.pdf
ou à l’adresse : http://www.upr-auvergne.fr/ressources/ESTATUTO_AUTONOMIA_2007.pdf

VIII : http://www.lasexta.com/noticias/nacional/corrupcion-cuesta-87000-millones-euros-ano-espanoles_201602205723c4df6584a81fd8820c76.html
https://www.lasemaineduroussillon.com/2017/11/26/macron-leurope-soutiennent-mafia-espagnole/

IX : Sur la question de l’ethnicisation des nations, voir « Le régionalisme européen, l’Allemagne et l’Union européenne » et « La race contre la nation ».

X : http://catalanindependance.blog.lemonde.fr/2016/06/17/que-propose-podemos-pour-la-catalogne/

XI : http://www.lavanguardia.com/politica/20160123/301616431039/plurinacionalidad-podemos-tesis-errejon.html Ici on peut voir la critique faite à Podemos : « Attention ce sont des gens pro-Chavez, des bolivaristes, attentions ce sont des communistes », tout en se gardant bien de critiquer les positions pro-européistes et pro-atlantiste de Podemos. https://politica.elpais.com/politica/2015/11/04/actualidad/1446670081_674637.html

Cela se vérifie dans son programme : https://lasonrisadeunpais.es/programa/?medida=327 Ils critiquent l’OTAN. Pour contrer selon eux l’OTAN ils proposent une défense européenne. Mais pas un mots sur l’article 42 qui li les états européen à l’OTAN et qui donc ne peut être renégocié. https://www.upr.fr/vos-questions-nos-reponses/questions-internationales/l-union-europeenne-est-subordonnee-a-l-otan Et pas un mot non plus sur la sorti de l’OTAN.

XII : http://www.congreso.es/consti/constitucion/indice/titulos/articulos.jsp?ini=137&fin=158&tipo=2

XIII : http://www.20minutes.fr/monde/2148491-20171010-independance-catalogZne-porte-parole-parti-conservateur-fait-reference-sort-leader-independantiste-fusille-fait-polemique

XIV : Il fait référence à Lluis Companys, président catalan de la gauche républicaine qui avait proclamé l’État Catalan indépendant, le 6 octobre 1934. Lluis Companys s’exila en France pour fuir les armées franquistes, en 1940, six ans après avoir proclamé la république indépendante de Catalogne, il fut livré à la dictature militaire franquiste par la Gestapo puis condamné par un tribunal militaire, torturé, et enfin fusillé au château de Montjuic à Barcelone en octobre 1940.

XV : Sur la récupération du projet européen de l’Axe par les États-Unis : https://www.upr.fr/conferences/les-origines-cachees-de-la-construction-europeenne-2
Sur l’influence américaine en Europe, voir l’article de Ambrose Evans-Pritchard (en anglais) : http://www.telegraph.co.uk/business/2016/04/27/the-european-union-always-was-a-cia-project-as-brexiteers-discov/ (traduction en Français par le Saker Francophone : http://lesakerfrancophone.fr/lunion-europeenne-a-toujours-ete-un-projet-de-la-cia-comme-le-decouvrent-les-brexiteurs)

XVI : https://www.marianne.net/monde/manuel-valls-t-il-la-moindre-chance-de-conquerir-barcelone