Emmanuel Macron souhaite le meilleur aux agriculteurs et leur prépare le pire.

Le président de la République était hier jeudi 25 janvier, à Saint-Genès-Champanelles dans le Puy-de-Dôme, pour présenter ses vœux aux agriculteurs.(1) J’étais avec des adhérents de l’UPR devant les grilles de sécurité où les non-invités restent. Chose prévisible, le Président est passé, vitres teintées fermées, quel dommage ! les gens étaient venus lui parler de leur retraite ou de leur condition d’agriculteur.
M. Macron n’a pas présenté ses vœux devant des agriculteurs, mais face à un parterre d’officiels soigneusement sélectionnés pour percuter frénétiquement leurs paumes de mains lorsqu’on leur fait signe.

  • Personne pour rappeler la situation catastrophique des agriculteurs Français.
  • Personne pour demander au Président d’arrêter de fanfaronner et prendre enfin la question agricole à bras-le-corps.
  • Personne pour lui rappeler que l’Union européenne, de par ses traités, organise la ruine de l’agriculture française.
Avec lui comme Président, je vous souhaite... bien du courage !
Avec lui comme Président, je vous souhaite… bien du courage !
Emmanuel Macron, fort de sa connaissance profonde du monde agricole et rural, a formulé des vœux profondément rassurants. Nous vous laissons juger de leur profondeur :

« Faisons printemps, ensemble, pour cette année qui s’ouvre, pour l’agriculture française, pour les femmes et les hommes qui la font parce qu’ils sont courageux et parce qu’il y a aussi, sur ce plan, un formidable territoire de conquête. Je vous remercie » [ndlr : ce n’est pas une plaisanterie mais réellement la clôture du discours officiel du Président]

Il faut vraiment se moquer éperdument des agriculteurs pour applaudir après une telle conclusion.

En 2016, 30% des agriculteurs touchaient moins de 350 euros par mois, 20% d’entre eux étaient en déficit, c’était 15% en 2015. C’est plus de la moitié des exploitations agricoles françaises qui a disparu en 25 ans. Selon le dernier recensement en date de 2015, il reste 474.000 fermes dans l’Hexagone contre plus d’un million à la fin des années 80, et 664.000 en 2000. La superficie moyenne des exploitations s’est accrue nettement ; elle atteignait environ 61 hectares en 2013 contre 43 en 2000. Ce qui veut dire que les petites exploitations mettent la clef sous la porte et se font racheter par des grosses dont le modèle agricole est de plus en plus intensif.

C’est ce que l’UPR ne cesse d’expliquer (2), mais trop de Français l’ignorent encore ; ce que l’on voit en France est exactement le résultat de la politique de l’Union européenne.
Cette politique est gravée dans les traités européens inamovibles (3), elle organise :

  • L’augmentation de la taille des parcelles, donc la destruction des exploitations plus petites.
  • La mise en place d’une agriculture intensive qui ne respecte plus en rien tout ce qui fait une agriculture de qualité respectueuse des terroirs.
  • La baisse du coût de la main d’œuvre dans le monde agricole, donc des saisonniers et ouvriers payés au lance-pierre.
  • La concurrence généralisée des agriculteurs français avec ceux du monde entier. (Par l’article 63 du TFUE)
Mais réjouissons-nous, il est écrit dans l’article 39 du TFUE que les très rares paysans survivants, seront bien payés. Ils ne seront plus qu’une poignée de chefs d’immenses entreprises, gestionnaires d’exploitations similaires aux fermes aux mille vaches ou aux grandes plaines désolantes que l’on peut voir en Amérique.
La France des terroirs vous dites ?
La France des terroirs vous dites ?

Pourtant, Emmanuel Macron, salue les “Appellations d’Origines Protégées”, citant comme exemple le Saint-nectaire. L’agriculture française doit-elle se réduire à une stratégie de niche ? Les AOP seraient les seuls modèles possibles qui résistent encore à la politique agricole européenne ultra-productiviste ? Créant une France de “zones musées” encerclée de fermes aux mille vaches et de parcelles sans limites.

Et c’est bien là qu’Emmanuel Macron se trahit tout seul. Il fait les louanges des stratégies agricoles qui sortent de la libre concurrence, comme les AOP qui ne peuvent être produites que sur un territoire délimité. Autrement dit, partout où la « libre concurrence » fait loi, l’agriculture française en souffre terriblement. Partout où les stratégies de niche épargnent les agriculteurs du marché commun, l’agriculture se développe. Pourtant nous ne devons pas oublier que les terres de France produisent 80 quintaux à l’Hectare ! (8 tonnes pour 10 000 m²) c’est une très bonne terre. Et malgré cela, la concurrence généralisée mine nos exploitations.

Ce que le Président a oublié de dire hier, c’est que les traités européens l’empêchaient de refuser l’importation massive de céréales ou de volailles produites dans des conditions catastrophiques pour la terre et pour tout ce qui vit autour de ces terres, hommes compris. Ainsi donc, nos agriculteurs ne peuvent que tenter de concurrencer les modèles ultra-intensifs calamiteux et surenchérir dans une agriculture contraire à tous nos principes.

Quiconque connaît un peu l’agriculture sait que les pesticides et les entrants remplacent la main d’œuvre. Quiconque connaît un peu l’économie sait que le coût de la main d’œuvre est déterminant dans le prix des produits. Donc, il ne faut pas être sorti de Saint-Cyr pour comprendre que la libre concurrence nous oblige à remplacer nos agriculteurs par des pesticides, du phosphate et du nitrate dans nos eaux… Dans l’élevage, on remplace les éleveurs, par des antibiotiques, des robots et un maximum de souffrance animale.

Si je ne me trompe pas, il y a en France du chômage, nos rivières et lacs subissent une eutrophie rapide à cause nitrates, les pesticides font beaucoup de mal à notre santé et pourtant, nous promouvons un modèle agricole qui supprime la main d’œuvre et augmente les entrants chimiques… cherchez l’erreur !

Si vous êtes contre la destruction de l'agriculture française par l'Union européenne, vous êtes donc contre la paix, le progrès et le genre humain.
Si vous êtes contre la destruction de l’agriculture française par l’Union européenne, vous êtes donc contre la paix, le progrès et le genre humain.
Ce qu’Emmanuel Macron explique, c’est qu’en restant dans l’Union européenne, donc en imposant la concurrence mondiale aux agriculteurs Français, ces derniers doivent se réfugier dans des niches ou dans une course folle à l’ultra-productivisme, parfois perdue d’avance. Il l’a clairement fait comprendre hier :

« Par contre, je sais qu'il y a des modèles productifs qui n'ont plus d'avenir. Ça ne sert à rien de concurrencer les poulets brésiliens ou le lait néo-zélandais. Ça ne sert à rien, [...] Nous n'irons nulle part lorsque sur certaines stratégies nous ne sommes pas positionnés sur le bon niveau de qualité et que nous avons des concurrents qui ont fait des choix qui rendent impossible notre vie. Et ce n'est pas vrai que pour l'agriculture ! [Sic…] Vous avons parfois commis cette erreur dans l'automobile ou dans d'autres filières. Et donc nous aurons dans certaines filières des changements stratégiques à faire. Il faut regarder en face, cette réalité ».
Le summum du progrès et de la civilisation.
Le summum du progrès et de la civilisation
Ce n’est pas une réalité, M. le Président, c’est un dogme que vous défendez et que l’Union européenne impose. Vous livrez les agriculteurs Français à la libre concurrence face aux pires modèles agricoles du monde. Sortir de l’Union européenne permettrait tout simplement d’appliquer les normes sanitaires et sociales françaises aux importations. Finis les brocolis italiens fabriqués par des esclaves africains sans papiers (mais label AB), finis les poulets élevés dans des batteries interminables, gavés aux hormones et au antibiotiques. Finis les céréales transgéniques, le cochon cloné chinois et autres infamies qui nous donnent honte d’être les “maitres” de cette terre.

Si les agriculteurs Français étaient en concurrence avec des productions qui ne pratiquent, ni l’exploitation ignoble des ouvriers agricoles, ni le saccage des terres dans des modèles ultra-productivistes, il y a fort à parier qu’en quelques années, on voit agriculture française reprendre du poil de la bête. Mais tant que nous resterons dans l’UE, celle-ci veillera à ce que le nombre d’agriculteurs diminue encore et encore, et la taille des exploitations grandisse encore et encore. Encore une fois, l’UE impose aux Français tout ce qu’ils ne veulent pas.

Être à l'écoute du mal-être des agriculteurs c'est bien, mais lorsqu'on le provoque, il y a une certaine perversité...
Être à l’écoute du mal-être des agriculteurs c’est bien, mais           lorsqu’on le provoque, il y a une certaine perversité…
Agri’écoute est un dispositif téléphonique mis en place par le gouvernement et la mutuelle sociale agricole, afin que les agriculteurs au bout du rouleau puissent les appeler. Ceci a été mis en place par l’État français pour tenter d’endiguer l’augmentation des suicides dans le monde agricole. Le nombre d’appels auprès de cette permanence au premier semestre de 2016 était de 1.700, soit une moyenne de 285 appels par mois, contre une centaine par mois sur la même période un an plus tôt. Le nombre d’appels est en forte augmentation, signe que les agriculteurs, qui sont tout sauf des fainéants, n’en peuvent plus… On leur souhaitera de penser printemps…

Mathias Masclet

UPR Auvergne

Avec un profond remerciement pour tous les agriculteurs qui m’ont transmis cet amour pour leur travail.

(2) Lire ce dossier de Christophe Blanc, responsable national de l’UPR pour les questions agricoles : https://www.upr.fr/actualite/les-fr…

(3) Il est question ici de l’article 39 du TFUE. Cette politique est inamovible puisqu’il faut l’unanimité des 28 États membres pour changer un seul traité européen.

Paquet bonus : Notre tentative vaine de rencontrer M. Macron pour lui poser deux trois questions https://www.youtube.com/watch?v=EmK…