Le dècès de Zbigniew Brzeziński invite à penser notre époque.

Zbigniew Brzeziński est décédé ce vendredi 26 mai.
Je sais bien qu’en période de campagne il ne s’agit pas de prendre trop de recul, mais on ne se refait pas. Je me dois donc d’écrire trois mots sur cet homme redoutablement intelligent. Il est impossible d’englober sa pensée sans écrire trente pages, je vais donc être concis quitte à faire quelques simplifications.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Zbigniew Brzeziński était un des plus grands géopoliticiens et géostratèges des États-unis d’Amérique. Conseillé diplomatique de Carter et d’Obama, depuis Carter, il n’a jamais été loin de la maison Blanche.

Je vous renvoie à sa page Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Zbign…

Quelle était la pensée de Zbigniew Brzeziński ?

Il était un suprématiste, c’est à dire qu’il pensait que le monde irait mieux si la superpuissance étasunienne obligeait toutes les autres puissances à vivre sous le règne d’un pouvoir mondial.

Pour faire simple, la question est, qu’est-ce que sera la puissance mondiale, pour Brzeziński, cette puissance était une forme de capitalisme intégré qui surplombait les nations. Une gouvernance au dessus des gouvernement. Le monde des compagnies, des grands banques et des entreprises qui organisent les nations comme des provinces de ce nouvel empire.
Brzeziński ne voulait pas faire un nouvel ordre mondial en écrasant toutes les autres puissances, mais en les obligeant à courber l’échine par une méthode simple. Les mettre dans la position où la négociation en tant que puissances vassales des États-unis valent bien mieux qu’une confrontation ruineuse. Puis la puissance globale dépasserait les simple États-Unis pour intégrer ces nouvelles puissances acquises, l’Europe étant bien entendu la première puissance à intégrer. La méthode pour la soumettre étant, tout simplement, l’intégration européenne, qui déroule le tapis rouge aux multinationales. L’intrication des intérêts par l’actionnariat produit de facto, un couplage stratégique.

Le grand échiquier.

Son ouvrage majeur est certainement le grand échiquier, première parution en 1997.

Le Grand échiquier étant bien entendu l’Asie, le petit échiquier étant l’Europe. Ce dernier n’est plus un problème puisqu’il est assujetti par l’Union européenne. Cette dernière étant considérée comme l’instrument de vassalisation de l’Europe aux États-unis. Le but de l’UE pour Zbigniew Brzezińsk est d’utiliser l’Europe occidentale comme serviteur afin de prolonger les intérêts américains en poussant l’UE vers l’est. Bref, aller jusqu’aux portes de la Russie afin de l’affaiblir, mais aussi ouvrir l’Europe de l’est aux intérêts américains, et faire rentrer ces derniers en Asie centrale.

Écrire ceci en 1997, c’est connaître et confirmer la stratégie étasunienne en place. Souvenons-nous que ce n’est qu’à partir de 2004, soit 7 ans plus tard, que commence l’élargissement vers l’est. Cette élargissement fait entrer Chypre, la Croatie, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, la Roumanie. Bref, inutile d’être excellent en géographie pour comprendre que l’UE est aux porte de la Russie et qu’elle sert la stratégie d’endiguement de la puissance Russe. Jeu très dangereux, pas tellement pour les États-Unis, mais pour l’Europe et la Russie.
Au passage, j’ai adhéré à l’UPR en bonne partie parce que François Asselineau n’était pas dupe quant-à la géostratégie étasunienne. Il connaît bien la doctrine Brzezinski, ainsi que celle du choc des civilisations de Samuel Huntington. Quel parti politique parle aux Français de ces grands jeux ? Quel parti politique exprime sa stratégie pour que la France rayonne et s’assure un bel avenir, pour elle comme pour son peuple ? Vous connaissez la réponse.
Zbigniew Brzeziński est mort alors que sa stratégie est sur le déclin. Il semblerait que les États-unis ne soient finalement qu’un empire de plus sur le monde, et que cet empire ne soit pas parvenu à produire ce gouvernement mondial tant voulu par l’oligarchie. Il semblerait aussi à mon plus grand bonheur qu’au contraire, la grande stratégie européenne de l’équilibre des forces soit en train de triompher cruellement sur celle de l’hégémonie impériale promu par la puissance atlantiste. Le prochain millénaire semble vouloir commencer sur un rééquilibre des forces, plutôt que sur un pouvoir mondial. Voila pourquoi l’UE est vouée à disparaître, mais aussi à mener au désastre les nations qui la composent.

L’Union européenne, une stratégie étasunienne réussie.

L’UE était justement cette volonté euro-atlantiste de créer une superstructure économique dans laquelle la démocratie est une pure formalité, le politique est au service de l’économie, et l’économie au service des quelques superpuissances économiques intégrées. C’est ce que Peter Dale Scott appelle « l’État profond. » Rappelons-nous que l’intrication extrême des intérêts amène bien plus la guerre que la paix. N’oublions pas que ce sont les États-Unis qui ont participé au réarmement de l’Allemagne durant l’entre deux guerres. L’Allemagne a commencé la guerre grâce à des capitaux, mais aussi grâce à du matériel produit par des usines tenues majoritairement par des intérêts étasuniens.

Au contraire, nous pensons que pour assurer la paix, il faut mettre des frontières à ses grands prédateurs qui, faute de frontières économiques, règnent sur les nations, y font élire leurs représentants (nous l’avons vu dernièrement) et utilisent les gouvernements comme courroie de transmission de leur directives.
En ceci, je ferais remarquer que l’Union européenne est un rêve pour ces puissances, l’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit qu’un État de l’Union s’oppose à la mise en concurrence généralisée de la main d’œuvre, qui au final est une logique de négrier moderne. Libre circulation des biens, des marchandise et des personnes, le retour du commerce triangulaire qui se fait passer pour le summum de la liberté.
Ce cauchemar d’un monde unifié n’est pas mort, mais il a du plomb dans l’aile et il semble qu’il ne triomphera pas. Que le monde des hommes pourra encore se payer le luxe d’avoir des intérêts contradictoires, des cultures différentes et des visions du monde riches en diversité.

Tout est écrit dans un livre de poche.

C’est Michael Ruppert (éditeur et rédacteur en chef de « From the Wilderness ») qui, alors que j’étais en licence de philosophie, m’a fait découvrir Zbigniew Brzeziński et qui m’a donné envie de lire les livres de ce redoutable et brillant stratège. Voici le lien de la vidéo Michael Ruppert : https://www.youtube.com/watch?v=5t0…

Je vous invite tous à lire le grand échiquier qui est, je l’ai déjà écrit, certainement son œuvre majeure.
Lorsqu’on lui demandait si ça n’était pas un peu dingue de mettre la stratégie étasunienne dans un livre de poche, alors que cette dernière était contraire aux intérêts du peuple étasunien, il répondait quelque chose comme « Pourquoi ça ferait peur, les américains ne savent plus lire de livres. »
Cela en dit long sur le crédit qu’il donnait à la démocratie. Il était pourtant démocrate, et refusait les tentations totalitaires, car la démocratie était pour lui, un excellent système pour un règne oligarchique discret. La démocratie se résumait donc selon lui, à une méthode d’ingénierie sociale ainsi qu’a une fourberie consistant à faire croire aux sujets de l’empire qu’ils sont des citoyens et même, pour les plus naïfs, que ce sont eux les maitres. Il était bien sur, beaucoup trop intelligent pour le dire aussi franchement. Laissons-lui aussi la possible belle intention de promouvoir la démocratie parce que cette dernière assure des libertés individuelles et est moins cruelle pour les populations qu’une dictature. Je pense cependant que le premier argument, cynique au possible, prévalait dans son esprit.

Pris dans les griffes de l’aigle.

Je vous invite donc à respecter le génie aquilin de cet adversaire, car cet homme était tout sauf idiot. J’en veux pour preuve le fait aujourd’hui encore, nous sommes sous son emprise. Je vous donne juste trois stratégies qui sont implicitement expliquées dans ses livres et qui ont parfaitement fonctionné :

1 : Je le cite dans le grand échiquier « L’Amérique devenant une société de plus en plus multiculturelle, il risque d’être plus difficile de façonner un consensus en terme de politique internationale, sauf dans le cas de la perception d’une menace extérieure directe et massive. » (p 211, dans les dix dernières pages du livre.)
Les États-unis n’ont pu redevenir une puissance guerrière et agressive que grâce à la montée en épingle de la menace terroriste et islamique. Les attentats du 11 septembre 2001 servirent de formidable excuse à la remise en place d’une puissance guerrière. L’Irak n’avait rien à voir avec le terrorisme international et pourtant… C’est une vieille stratégie qui consiste à se faire passer pour agressé lorsque l’on veut partir en guerre.
2 : Sa stratégie pour l’Europe, c’est que l’UE reste vassalisée aux intérêts américains. Pour se faire, Brzeziński donne deux solutions, la première est simple, garder l’Allemagne toujours un peu plus puissante que la France pour que la France ne puisse pas rayonner. Ce couple Franco-Allemand parfaitement contradictoire à lui seul permet un glacis géopolitique continental et ouvre les porte à ce que De Gaule appelait le « fédérateur extérieur » dans sa conférence de presse du 15 mai 62.
Aujourd’hui, l’article 48 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne est achèvement le plus complet de cette neutralisation européenne. Cet article impose l’unanimité des 28 États membres pour changer un quelconque traité, comment peut-on rêver mieux pour assujettir l’Europe ? Enfin, pour que l’UE reste unie, il faut qu’elle soit inquiète et menacée. Encore la stratégie de la menace, Brzeziński propose la Russie comme menace afin que les pays de l’UE se tiennent sages sous le parapluie de l’OTAN… Qu’en est-il aujourd’hui ? Zbignew a réussit. Nous pourrions aussi rajouter que nous avons deux autres menaces internes provoquées, le terrorisme et la catastrophe économique, la dette en est le meilleur exemple.
3 : Brzeziński explique dans son livre qui, je le rappelle date de 97, que l’UE doit s’élargir à l’est jusqu’en Ukraine, qui doit être annexée ou alors ravagée… Encore gagné ! Et puis, la révolution colorée en Ukraine ne fut-elle pas l’élément déclencheur afin d’endiguer une foi pour tout la Russie et la forcer à montrer les dents ? Comment la Russie ne pourrait-elle pas se défendre alors que des bases de l’OTAN sont à sa frontière à l’ouest (UE), à l’est (Japon), au sud (Kazakhstan et Kirghizistan et Ouzbékistan) ?
Une dernière chose, si vous lisez ce livre, vous verrez que l’auteur avait pour ainsi dire prévu le BREXIT, mais ne vais pas ici expliquer pourquoi, ce texte est déjà bien long. Voila qui peut vous donner envie de vous plonger dans le lecture du livre.
Dernier point important, Brzeziński ne voyait pas de changements majeurs du monde en terme de politique depuis l’époque médiévale, hormis une chose : « Un réveil politique mondial qui constitue une entrave à notre capacité à traiter efficacement le désordre et le tumulte mondial que génère cet éveil ».
Ce réveil est un réveil des nations mais aussi des peuples, qui grâce à internet et à cette mondialisation de l’information, sait désormais ce qu’il se passe. L’UPR en est la meilleur preuve, c’est internet qui a rapproché François Asselineau et les adhérents français, c’est internet qui permets de vérifier les informations, de divulguer celles que le peuple n’aurait pas du savoir, pensons à Julian Assange et à Edward Snowden, mais aussi au milliers d’autres qui ont « lâché morceau ».
Aujourd’hui, la menace d’un monde intégré et rationalisé, est grande, c’est celle souhaitée par Zbigniew Brzeziński. Et en même temps la menace (pour l’oligarchie) d’un monde où le peuple et les nations savent ce que les puissances prédatrices veulent cacher, est une sorte d’antidote aux velléités d’annexion des peuples et des nations.
L’Union européenne, sans une circulation de l’information forte à l’échelle du peuple, serait triomphante dans sa propagande. Cette nouvelle capacité qu’à le peuple à savoir est une donne d’un importance capitale pour Zbigniew Brzeziński, qui la redoute. L’UPR, elle, mise justement là dessus. Voilà pourquoi certaines personnes mal-intentionnée aiment à la taxer de complotisme.
Nous ne pouvons qu’espérer que l’harmonisation globale du monde se fasse sous des instances comme l’ONU, ou chaque pays compte comme étant l’égal d’un autre, et non, par l’intrication économique des oligarchies. Aujourd’hui, c’est bien notre responsabilité qui est en jeu, car la guerre est déclarée, le contrôle des masses est de plus en plus performant, la propagande de plus en plus sournoise.
Zbigniew Brzeziński a écrit la stratégie d’asservissement des peuples et des nations derrière une puissance mondiale. C’est à chacun de nous de faire de la sortie de l’UE de l’euro, de l’OTAN, condition nécessaire au retour de la démocratie réelle et de la libération nationale, une affaire personnelle.
Paix à son âme, guerre à son projet.
Mathias MASCLET
27 mai 2017