Compte-rendu de la conférence “l’euro et nous”.

Compte rendu de la conférence du 15/02/2018 « L’euro et nous » de Marie-Françoise Renard accompagnée de Jean-Marin Serre.

Cette réunion publique avait lieu à l’Université d’Auvergne, au site de la rotonde.

Dans un premier temps la conférence a surtout consisté à rappeler l’historique de la zone euro ; comment elle s’est constituée et pour quelles, je dirais « mauvaises raisons », qui, bien entendu, étaient de bonne raisons pour les conférenciers.

Très partisans de l’euro, ils ont répété à plusieurs reprises qu’avant l’euro les monnaies n’étaient pas stables et que les dévaluations avaient un effet négatif, ils ont néanmoins remarqué que les lignes bougeaient. Leur promotion de l’euro était moins « bisounours » que ce que l’on a coutume d’entendre puisqu’ils ont rappelés au public que la politique du Franc fort en vue de l’intégration dans la monnaie commune avait tout de même détruit plus de 1.5 millions emplois au milieu des années 90 !

L’exposé s’est ensuite centré sur la BCE (Banque centrale européenne) avec son président, Mario Draghi, présenté comme un véritable messie, puisque que garantissant un euro stable, il avait sauvé toute l’humanité grâce au « quantitative easing » qui répondait à la menace de la crise de 2007 – 2008. Là aussi, malgré les génuflexions devant le banquier de Goldman Sachs, pompier pyromane, les conférenciers ont rappelé que la BCE n’était pas assez… démocratique ! Il est vrai que pas du tout, c’est toujours pas assez !

Incontournables lendemains européens qui chantent, nos orateurs ont déploré que l’Union elle même manquait de démocratie, mais que Rome n’a pas été bâtie en un jour et qu’il faut du temps pour construire la nouvelle Europe. Bref, on sent que le dogme européiste est de plus en plus associé à son caractère anti-démocratique, anti-social et anti-national. Ce point n’est pas pour déplaire puisque le milieu universitaire français est généralement hostile à la souveraineté populaire et nationale.

Nous avons donc pu passer aux questions :

Ma première question portait sur le fait que les conférenciers n’avaient pas parlé de la corrélation entre notre intégration à la zone euro et le déficit de notre balance commerciale. Je rappelle que notre balance commerciale (différence entre les euros qui rentrent en France et ceux qui sortent de France chaque année) a été déficitaire de 40 milliards d’euros l’année dernière.

La réponse fut la suivante : ce n’est pas si grave puisque cela concernait surtout les marchandises et moins le tertiaire. Autrement dit, on se moque éperdument de l’agriculture et de l’industrie en France, seuls les services comptent…

Les conférenciers font, d’années en années, de plus en plus de concessions, ils ont même donné raison aux analyses de l’UPR puisque M. Jean-Marin Serre m’a répondu que notre balance commerciale en pâtissait depuis 2002. J’ai alors pu faire remarquer que, bizarrement, cela correspondait à l’entrée de la France dans l’euro !

Ma seconde question était une protestation : jusqu’à quand la France va-t-elle se sacrifier pour l’Allemagne et son euro fort, adossé au deutschemark ? Asphyxiant l’industrie Française qui n’arrive plus à exporter, l’industrie automobile est passée de plus de 4 millions de véhicules produits début 2000, à 2 millions actuellement. AIRBUS, quand à lui, fabrique de plus en plus en zone dollars puisque l’euro est surévalué. N’oublions pas qu’il y a de plus en plus de pauvres dans les pays de la zone euro et que le chômage y progresse. L’euro lui-même va très mal.

Leur réponse fut la suivante : l’économie française souffrait d’un problème structure, boniment d’eurolâtres que l’on entend à longueur de journée à la télévision lorsqu’il s’agit de botter en touche.

Argument complètement faux puisque les tenants de ce discours sont bien embêtés quand on leur demande, chose que je n’ai pas manqué de faire, pour quelles raisons l’économie française se portait mieux quand l’euro était faible face au dollars. Mme Renard m’a alors fait une longue tirade sur l’industrie du textile qui n’ayant pas suivi les recommandations européennes, par manque de volonté politique, avait sombré. Pour elle les problèmes liés à l’euro sont surtout du fait que les pouvoirs politique français ne prennent pas leurs responsabilités donc les bonnes mesures économiques.

Bref, l’UE, c’est marche ou crève, interdiction totale de garder sa liberté, son modèle économique et sa démocratie ; la France doit se soumettre, son peuple aussi.

J’ai fini mon intervention en demandant comment désamorcer les soldes « Target 2 » qui, je le rappelle, sont le résultat du déplacement des créances d’un pays vers un autre, donc d’une banque centrale vers une autre. Pour simplifier, lorsque l’euro s’effondrera, il vaut mieux avoir des euros dans la banque centrale Allemande que Grecque, ainsi les euros se transformeront en Deutschemarks et prendront de la valeur alors que la Drachme perdra de la valeur. Ainsi la Bundesbank détient une balance positive de plus de 1000 milliards d’euros au détriment de l’Espagne et l’Italie de la Grèce, ce qui menace l’Allemagne de devoir payer le différentiel à tous ses créanciers malins qui attendent la fin de l’euro avec impatience… Question gênante, augurant la fin de l’Euro, ils ont fait comme s’ils n’avaient pas entendu !

Autres questions du public :

Un homme s’est complu dans l’air du temps, ou plutôt celui des grand médias, en évoquant que le Brexit allait très mal en Angleterre et qu’a contrario tout se passait dans le meilleur des mondes en France, rappelant les fameux 2% de croissance.

Pour finir, une question très intéressante d’un jeune étudiant fut posée Il a explicitement demandé si on pouvait sortir de l’euro en restant dans l’Union européenne. Prenant comme exemple la Pologne et d’autres pays d’Europe centrale qui souhaitent rester dans l’Union européenne pour bénéficier des fonds structurels que nous leur payons, sans rentrer dans l’euro afin de pouvoir concrètement pratiquer un dumping sociale. Évidement à notre désavantage.

La réponse à cette question va sûrement devenir la nouvelle parole dominante de l’establishment français dans les années à venir ! Les conférenciers ont expliqué que du fait de l’hétérogénéité des pays européens sur un plan social et économique, il va falloir certainement revoir le système de l’Euro et de l’Union européenne avec plus d’intégration pour certain et moins pour d’autres. Ce qui nous laisse entendre, qu’ils ont bien compris que l’UE ne pouvait plus fonctionner ainsi, mais qu’ils n’ont toujours pas compris que l’UE est irréformable. (Art 48 du TUE)

La réunion tirait à sa fin et dans le bruit de la salle j’ai dit que c’était l’Allemagne qui allait sortir de l’euro la première, Mme Marie-Françoise Renard n’a pas pu s’empêcher d’être d’accord. Elle connaissait donc les soldes « Target 2 ! » même si elle n’a pas répondu à la question que j’avais posée sur ce sujet.

Mon avis et mon ressenti sur cette conférence :
Il y a un assouplissement de la pensée dogmatique de l’euro. Maintenant, les europhiles commencent à accepter de parler des dysfonctionnements de l’euro, notamment en rapport avec l’hétérogénéité des pays européens sur un plan social et économique. Ça fait juste plus de 10 ans que François Asselineau le dit !

La pensée dominante va donc s’orienter vers une Europe a plusieurs vitesse peut-être un comité restreint de 5 a 6 pays ( l’Allemagne, la France, l’Autriche, les Pays Bas, la Belgique et le Luxembourg, plus la Suède peut être) qui gardent ou prennent l’euro et tous les autres qui ne souhaiteraient pas plus d’intégration sortiraient, on l’entend déjà beaucoup à la télévision !

Les choses risquent de se passer de la façon suivante : l’Allemagne va vouloir sortir de l’euro et ce sera encore nos joyeux politiques français, Macron en tête, qui voudront sauver l’euro !

Bref, la France se vouera corps et âme à tenter de sauver son bourreau.

Michaël Quinty
Militant UPR dans le Puy-de-Dôme.